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Faire ou ne pas faire de plan d'affaires?

par

Chantal B. Leprohon, B.A., M.B.A
Coach et stratège
marketing
Carrefour Marketing
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Le journal Les Affaires du 3 mars 2007 rapportait dans sa chronique «Management» (p. 28) que des experts en démarrage d’entreprise remettent en question cet outil largement répandu.

L’article cite monsieur Claude Ananou, chargé de formation aux HEC de Montréal et membre du conseil d’administration de la Fondation pour l’Entrepreneurship, qui estime « qu’on fait fausse route en donnant trop d’importance au plan d’affaires dans nos écoles de gestion et qu’on enseigne aux étudiants à suivre des recettes mais pas à devenir cuisiniers ».

Je ne peux que l’appuyer. En effet, ce n’est pas à l’université qu’on apprend à devenir entrepreneur. Si « c’est en forgeant qu’on devient forgeron », c’est aussi en entreprenant qu’on devient entrepreneur. Dans les universités que j’ai fréquentées, à temps plein ou pour y suivre des formations ou séminaires d’appoint, j’ai toujours pensé qu’on formait des administrateurs et des gestionnaires. Autrement dit, des spécialistes et des technocrates de la gestion et de la direction d’entreprise. Et on le fait bien, très bien ou de manière excellente, selon les institutions et les professeurs.

D’après mon expérience, il faut pour être entrepreneur avoir de solides qualités personnelles et une bonne dose de confiance en soi. On doit être extrêmement positif et même rigoureusement optimiste, mais aussi trouver son chemin sans que quelqu’un d’autre ne nous le pointe. Il faut être à l’écoute de ses clients et de ses collaborateurs, mais aussi faire la part des choses et oser prendre la décision et l’assumer. Si l’on commet une erreur, on doit être capable d’humilité pour réaliser qu’on s’est trompé et de courage pour l’admettre et corriger le tir. L’orgueil et la fierté n’ont pas voix au chapitre car elles sont mauvaises conseillères. Il faut être capable de voir clair dans la brume et oser avancer à tâtons, avec témérité, mais aussi avec une certaine dose de prudence. Tout cela, et bien d’autres choses, je l’ai appris de la vie, pas à l’université. On naît avec certaines de ces qualités, on développe les autres au fur et à mesure des expériences vécues et partagées.

Ayant convenu du fait qu’un entrepreneur ne se forme pas sur les bancs d’école, revenons à la question du plan d’affaires. Est-il utile? OUI, sans contredit. Jamais je ne partirais en excursion en terrain inconnu sans une carte et une boussole ou un GPS. Jamais non plus je ne recommanderais à un nouvel entrepreneur de partir en affaires sans un plan d’affaires. Pour quelques-uns qui auront réussi sans ce document, vous en trouverez plusieurs qui, eux, auront échoué dans leur projet d’entreprise parce qu’ils n’en avaient pas rédigé. Vous rappelez-vous le pourcentage d’entreprises qui ne franchissent pas le cap des 3 ans d’existence? J’aimerais bien savoir si ces entrepreneurs avaient fait un plan d’affaires ET s’ils l’avaient suivi.

Parce que la valeur du plan d’affaires, ce n’est pas le document de 100 pages et les prévisions sur 3 ans. La valeur du plan d’affaires tient à l’exercice de réflexion stratégique auquel l’entrepreneur s’astreint. Cela tient à la cohérence de ses objectifs, stratégies et tactiques. Cela tient aussi à l’effort qu’il fait pour mieux cerner sa clientèle cible et ses concurrents. Et cela tient à l’apprentissage de ces notions que fait l’entrepreneur au cours de l’exercice. Quant au document, il peut tenir sur à peine quelques pages et ne requérir qu’une dizaine d’heures d’effort.

Et la valeur du plan d’affaires, c’est aussi d’y revenir, d’y comparer ses activités et ses résultats au fil des mois et d’en corriger la trajectoire au fil des succès et des erreurs.

Les entrepreneurs qui font un plan d’affaires pour faire plaisir à leur banquier et qui alignent une série de chiffres sans trop de réflexion dans des tableaux montés d’avance peuvent croire que l’exercice est futile, car ils le font de façon futile. La même remarque s’applique aux élèves qui ne veulent qu’une bonne note.

Quant aux professeurs et aux entrepreneurs qui réussissent sans plan, allez-donc savoir s’ils n’ont pas fait l’exercice mentalement en alignant quelques chiffres sur le coin d’une table ou dans un chiffrier, accompagnés de notes et de commentaires.

Car, je le répète à qui veut l’entendre, la valeur du plan d’affaires ne tient pas au beau document : elle est dans une réflexion stratégique cohérente.

Que ceux qui peuvent se passer de la rédaction d’un plan d’affaires le fassent mais, de grâce, qu’ils n’encouragent pas les autres qui en auraient besoin à s’en passer!
 

 
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